que s’imprime aux tréfonds de mes chairs

l’empreinte rustique de l’amertume

la morsure astringente

que glisse à la surface de mon coeur

la caressante liqueur

douce et apaisante

noir

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le noir n’est pas, il donne à voir ce qui lui est extérieur

on peut le voir en tant que tel, noir, tantôt brillant, tantôt mat, tantôt lisse, tantôt rugueux, épais, fin…

ou voir ce qu’il nous donne à voir, son propre reflet dans l’émail immédiatement figé alors que la céramique est sortie du four à bois et plongée dans l’eau , voir l’environnement de la pièce de thé…

enfin voir dans le fond noir – laqué, crémeux du Yunomi, un clair de lune, une  nuit étoilée, une plage du bout de la Terre un soir de juin caressée par les vagues…

voilà ce que ce Setoguro Yunomi de Hori Ichiro me donne à voir les matins que nous passons ensemble…

peut-être pas le plus beau de mes Yunomi…mais le plus puissant, le plus fort, celui qui me remue le plus…

 

noir

kiseto

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Bel accord vendredi entre ce Yunomi de style Kiseto de Hori Ichiro et les narcisses dans le vase de Mirka Randova. Belle harmonie de couleurs jaunes et vertes.

La nature, riche de couleurs fortes et intenses, éphémères.

La céramique, nuancé mélange de teintes subtiles, solide et durable.

L’une comme l’autre pleines de vie, tantôt insufflée par la sève, tantôt par la liqueur de sencha intensément verte et puissante.

Douceur et force.

 

kiseto

thé souvenir

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J’aime quand le thé du matin me laisse un souvenir tel que je n’ai pas envie d’en boire un autre dans la journée. Lorsque longueur en bouche, donc sensation physique, se mêle au souvenir mental du moment de thé. C’est un état singulier, il ne reste rien de palpable de cet instant révolu,  juste l’impression d’une saveur encore présente en bouche (mais je pense qu’il n’en reste rien), et le souvenir des riches minutes passées assis à la table à thé.

J’y repense à 8h30, à 9h, à 9h22.., 11h37…souvent toute la matinée durant. Je renonce alors à boire un nouveau thé même si j’en ai la possibilité. L’envie de ne pas ajouter une strate sur ce souvenir pour l’ensevelir et le perdre de vue, mais le laisser visible en surface le plus longtemps possible.

 

thé souvenir

tasse maître

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Tel un maître spirituel, un guide sur un chemin de méditation, la tasse est pour moi un maître dans mes dégustations de sencha matinales. Elle est l’élément central dans la pratique. Grâce à mes Kiseto (ci-dessus) et Setoguro (ci-dessous), 2 Yunomi de maître potier, Hori Ichiro, j’ai le matin une heure durant en main une oeuvre d’art, une céramique incroyable, d’une profondeur et d’une intensité infinies.

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Assis confortablement en tailleur, je me concentre sur la tasse et le sencha. Je la serre dans ma main, dans mes mains. Ne faire qu’un.

Fermer les yeux. Sentir la liqueur de sencha m’envahir, m’imprégner au plus profond de ses parfums et saveurs. Sentir la force de ces parois verticales du Yunomi. Presser fort sur cette argile solide et robuste.

Ouvrir les yeux. Découvrir les infinis détails de la tasse, la lèvre qui « danse », les alternances mat-brillant, les coulures épaisses, les gouttes d’émail figées sur le pied, l’argile nue du pied, la signature de l’artiste…Être chaque jour émerveillé par un objet que l’on pense connaître par coeur.

Snobisme peut-être ? Que de se sentir transporté par une pièce de céramique de potier chère, l’oeuvre d’un artiste réputé. Ou réelle sensation profonde ?

Posséder 2 ou 3 pièces d’une telle intensité bouleverse ma pratique du thé japonais. La main, la tasse, le thé, tout est là, tout est dit.

Mes sessions matinales des ces premiers jours de 2016 sont d’une grande intensité. Une heure le matin a la puissance de créer les conditions d’une journée réussie. Le thé japonais ne cessera jamais de me surprendre.

tasse maître