prolonger la douceur

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Cette semaine, j’ai dégusté un sencha de Yame, cultivar Oku-yutaka. Un modèle de douceur verte et sucrée. Dans le yunomi Shino de Hori Ichiro, lui aussi très doux au contact, chaleureux dans ses couleurs rouges imprimées par les flammes, et tendre dans sa blancheur.

Je savais que ce thé matinal serait le seul de la journée. Ce thé m’avait laissé une empreinte physique et mentale très forte. Une saveur sucrée ancrée en moi, et le souvenir d’un moment lent, calme et apaisant au contact de ces merveilleux ustensiles. J’ai donc essayé de prolonger ce moment toute la journée durant, au cours de laquelle pour mon travail je me suis déplacé en voiture, j’ai animé une formation pour un groupe, passé un peu de temps au bureau…

Penser à mon souffle, l’apaiser. Ralentir le flux de pensées. Avoir des gestes souples et déliés. Aller à l’essentiel sans me disperser en actes ou pensées superflues. Parler simplement, clairement, écouter les autres. Conduire la voiture en souplesse, attentif à l’environnement extérieur.

J’ai essayé de mettre la douceur du sencha et du Shino dans mes pensées, actes et paroles du jour.

 

prolonger la douceur

avoir pour guide du jour, cette subtile empreinte

pour ligne de conduite, ce ténu fil d’Ariane

teinter actes et pensées d’une douceur pastel

 

 

prolonger la douceur

shino 志野湯呑

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En ce moment, c’est ce Yunomi Shino de Hori Ichiro qui a la faveur de mes matins sencha. Il parait plus timide face aux impressionnants Setoguro et Kiseto du même potier, et au début je l’utilisais moins. Mais son charme discret me séduit depuis quelques jours…

Il combine à merveille force et fragilité. Force des parties noires, du pied puissant et chaotique. Fragilité et douceur de la couverte feldspathique blanche tantôt brillante tantôt mate. J’aime y faire tous types de sencha, fukamushi forts et sombres ou futsumushi plus légers et subtils.

Je passe de longues minutes chaque matin à l’observer, le faire tourner en main, le renverser pour admirer le pied particulièrement beau.

Je me sens tellement heureux et privilégié d’avoir accès à ce type de pièce de céramique. C’est une oeuvre d’art à disposition de la main, que je peux admirer quand je veux, sous toutes les coutures, il n’est jamais le même deux jours de suite.

il est miraculeux

que l’enfer du four

– impitoyables flammes –

ait engendré

pareille candeur et innocence

 

shino 志野湯呑

aveugle

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Jeudi matin, je me lève à 6h15. Il fait noir. Je viens de passer 3 jours en formation à Paris. Donc zéro thé lundi – mardi – mercredi.

Rentré tard mercredi soir, je n’ai pas eu le temps, comme à mon habitude, de préparer mon plateau de thé pour le lendemain matin.

Il fait noir donc dans  la chambre quand je me réveille jeudi matin. J’ouvre le tiroir de la commode où dans un seul tiroir se rassemblent mes 8 kyusu et 12 yunomi/guinomi.

Et alors naturellement ma main se dirige vers le yunomi shino de Hori Ichiro que j’envisageais d’utiliser avec mon Oku-midori ce jeudi matin, et vers le kyusu shudei de Taisuke. Ma main dans le noir a su trouver, parmi 20 ustensiles différents, ceux que je voulais utiliser ce matin-là…

J’aime cette idée que j’ai suffisamment peu d’ustensiles pour les repérer chacun isolément, dans le noir…

 

j’aimerais, un jour, avoir de si beaux ustensiles

qu’aveugle

je puisse apprécier leur beauté

aveugle

que s’imprime aux tréfonds de mes chairs

l’empreinte rustique de l’amertume

la morsure astringente

que glisse à la surface de mon coeur

la caressante liqueur

douce et apaisante